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Throbbing Gristle, dystopic music

logo du groupe Throbbing Gristle, deux bandes noires et une bande rouge horizontales traversées par un éclair blanc au-dessus des lettres rouges TG dans la bande noire inférieure.
Modèle de logo utilisé par Throbbing Gristle (TG)

Throbbing Gristle n'est pas un groupe à mettre entre toutes les oreilles. Il traîne en effet depuis sa création en septembre 1975, une aura de malfaisance et de corruption, autant musicale qu'esthétique. Une réputation sordide et résolument anti commerciale soigneusement exploitée par le groupe, à coups d'imagerie nazie, de trash sexe et de bruitages malsains. Car la musique de Throbbing Gristle tient plus d'un mur sonore traversé de fulgurances électriques inquiétantes, de cris lancinants et du chant en spoken word* de Genesis P. Orridge, l'un des performers du groupe. Et la clique du sieur Orridge s'y entend pour susciter le malaise, poussant le vice jusqu'à émettre des infrasons* pour stresser un public déjà sous tension par les effets sonores distordus, les images de camps de concentration et de pornographie nauséeuse. Totalitarismes, sexualités transgressives, Throbbing Gristle est un cauchemar orwellien dans un décor de banlieues post-industrielles.

Et pourtant, au-delà du concept de guignol's band désespéré, Throbbing Gristle est un groupe phare de l'underground britannique. Influencé par les performances dadaïstes du Cabaret Voltaire* de 1916 et le communautarisme déglingué des Merry Pranksters*, sa musique emprunte autant à l'effroyable "Metal Music Machine"* de Lou Reed, qu'à des compositeurs avant-gardistes comme La Monte Young ou aux improvisations dissonantes et déstructurées du free jazz, bidouillages électroniques et machines bricolées en plus. Précurseurs de la musique industrielle* dont ils inventent à la fois les bases, le concept et la philosophie sous-jacente, les sorciers urbains de Throbbing Gristle cassent les codes musicaux, transforment mélodies et harmonies en agressions auditives, leurs concerts en performances de subversions globales, dans le but avoué d'explorer la part maudite de l'âme humaine et d'expérimenter l'angoisse comme technique de manipulation/provocation.


Ecouter un disque de Throbbing Gristle est toujours un saut dans l'inconnu, l'ouverture d'une boîte de Pandore. Il faut alors s'interroger sur l'intérêt qu'il peut y avoir à se mettre ainsi en danger, à s'infliger une musique dérangeante. Et c'est peut être aussi la question que se posaient les premiers lecteurs du Marquis de Sade et des "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire ou ceux qui assistèrent aux élucubrations incohérentes des dadaïstes de 1916 ou qui découvrirent au début des années 60 le rock malsain du Velvet Underground. Tous à leur façon firent évoluer la vision esthétique de leur époque, remettant en question à la fois la forme et le fond et brisant les structures traditionnelles d'expression. C'est sur le fumier que poussent les plus belles fleurs affirme un proverbe, et c'est dans les recoins les plus obscurs de l'irrationnel humain que naissent les oeuvres les plus marquantes. Violence, sexualités inavouables, transgression des interdits, désirs et pulsions. La perfection ne créé rien. L'art n'est pas fait pour être contemplé mais pour dire, provoquer des émotions quitte à nous remettre en question, parfois brutalement.


Throbbing Gristle fut aussi un groupe pionnier de la musique électronique et des expérimentations sonores à une époque où les ordinateurs et synthétiseurs étaient encore des fantasmes d'écrivains de science-fiction. Chris Carter fut le docteur Mabuse du groupe, bricolant et triturant machines et bandes magnétiques pour en tirer des samples, larsens et échos déformés en d'improbables séances de sadomasochisme bruitiste. La new wave synthétique des 80's et le mouvement techno feront de Throbbing Gristle une de leur influence majeure. La fin du groupe en 1981 donnera naissance à plusieurs autres groupes expérimentaux issus de la mouvance TG, comme la Psychic TV de Genesis P. Orridge et son organisation occulte du TOPY (Thee Temple ov Psychick Youth), le duo Chris & Cosey (réunissant Chris carter et Cosey Fanni Tutti, deux ex-TG) et l'avant-gardiste groupe Coil de Peter Christopherson, décédé en novembre 2010. Genesis P. Orridge, artiste transsexuelle, performeuse et créatrice iconoclaste prolifique a elle aussi quitté ce monde le 14 mars 2020 en pleine crise sanitaire du coronavirus.

Allez donc faire un tour du côté obscur de notre société normalisée et bien-pensante. Ce soir, cérémonie dystopique, je célèbre la fin d'un monde à la dérive sur les ruines du passé.


Discographie


Throbbing Gristle

*The second Annual Report (1977), premier album du groupe, réédité en 1991 chez Mute Records.

*D.O.A : the third and Final Report (1978), second album sur Industrial Records, le label de TG. L'un des 1001 albums qu'il faut avoir écouté dans sa vie selon l'ouvrage de références musicales du même nom de l'écrivain Robert Dimery.

*20 Jazz Funk Greats (1979), troisième album sur Industrial Records, considéré comme "a kitsch detour toward mutant disco".


Bibliographie



couverture du livre industrial music for industiral people de eric duboys avec photo noir et blanc du groupe anglais throbbing gristle sur la couverture
Couverture du livre d'Eric Duboys avec le groupe Throbbing Gristle

la plupart des ouvrages sur le groupe Throbbing Gristle ne sont pas traduits en français mais vous pouvez consulter le premier tome du livre d'Eric Duboys "Industrial Music for Industrial People" (éditions Camion Blanc 2007) qui s'intéresse plus particulièrement à Throbbing Gristle et Genesis P. Orridge.


Site


Site officiel du groupe : http://www.throbbing-gristle.com/


Notes

*spoken word, forme de poésie parlée inspirée des écrivains de la Beat Generation.

*Infrason, son à basse fréquence pouvant provoquer des effets dérangeants tels que nausées, peur, difficultés respiratoires, troubles visuels, etc.

*Cabaret Voltaire, cabaret zurichois ou a démarré le mouvement Dada en 1916.

*Merry Pranksters, communauté de beatnicks considérés comme les pionniers du psychédélisme et du mouvement hippie dans les 60's.

*Metal Music Machine, disque de Lou Reed sorti en 1975 à l'origine du noise rock.

*Le mouvement industriel, voir article RATpress en lien : https://www.ratpress.net/post/industrial-people


Dr. Mortmagus (avril 2020/janvier 2026)

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