Hard rock, Play it Loud* !
- Dr Mortmagus

- il y a 4 jours
- 5 min de lecture

Le hard rock n'avait rien pour séduire la critique musicale ou l'intelligentsia arty du rock. Trop bruyant, trop populo, suintant la sueur et la bière rance et ça n'était pas ces guitar heroes érigés en demi-dieux par des cohortes de fans chevelus qui allaient changer la donne, encore moins les culottes d'écolier d'Angus Young*. Cette réputation se confirmera aussi à la fin des années 70 avec l'avènement de la New Wave of British Heavy Metal et les groupes comme Judas Priest, Saxon, Def Leppard et autres Iron Maiden tout en virilité et machisme affirmés à grand renfort de postures frime et toc, torses velus exhibés, cuir moulant et bracelets cloutés. Les filles n'y auront pas leur place, ou comme groupies éperdues, sauf peut être ce Girlschool qui reprendra d'ailleurs tous les clichés du genre en version fille ! D'autres feront exception, comme le Motorhead de Lemmy Kilmister, trop authentique pour sacrifier à la ringardise ambiante.
Lester Bangs, journaliste maudit du rock, pour qui les musiciens de Led Zeppelin n'étaient que des "pédales", date la période du hard rock entre 1968 et 1976. Certains diront que les Kinks, le groupe de Ray Davies, furent dès 1964, les inventeurs du genre avec ce "You Really Got Me" tout en guitares saturées et maintes fois repris depuis. L'année 1968 marque la fin des illusions utopiques des sixties...guerre du Vietnam, drogues dures, consumérisme triomphant, les enfants fleurs tournent hippies agressifs. La même année, le titre "In a Gadda da Vida" des Iron Butterfly est pour la première fois qualifié de "hard rock" par la presse spécialisée, suivie par des groupes comme Vanilla Fudge ou Blue Cheer. Dès lors le hard rock envahit la musique populaire pour devenir un phénomène majeur de la culture pop, décliné par la suite en de multiples sous-genres, hard blues (Humble Pie), hard psyché (Arthur Brown, Pink Fairies) fin 1969/1970 ; hard glam (Sweet, Slade) et shock rock (Alice Cooper) dès 1970/72 ; hard progressive (Uriah Heep, Deep Purple) en 1972 jusqu'à la naissance du heavy metal classique à la fin des 70's.
Les influences qui donnèrent naissance au hard rock sont nombreuses. Le blues, celui de Muddy Waters et Bo Diddley d'abord, puis le rythm'n'blues des groupes du British Blues Boom* (Pretty Things, Rolling Stones ou Yardbirds) d'où émergeront des musiciens aussi prestigieux que Robert Plant ou Jeff beck, les Who, les Them de l'Irlandais Van Morrison et bien d'autres. Les expérimentations psychédéliques, notamment celles d'un Jimi Hendrix et le "Helter Skelter" des Beatles ouvrent aussi la porte aux explorations sonores, entre rock cosmic et blues distordu, qui feront le son du hard rock. Are you Experienced ?*
Parmi les titres emblématiques, on retiendra le "Sunshine of your Love" (album Disraeli Gear, 1967) du groupe Cream d'Eric Clapton ou les orgues en délire du morceau "Gypsy" d'Uriah Heep (1970), l'inévitable "In a Gadda da Vida" du Iron Butterfly ou l'époustouflante cover de Bo Diddley "Who do you Love" par le Quicksilver Messenger Service (album Happy Trails, 1969). Voir aussi le premier Humble Pie "As Safe as Yes" (1969), groupe dont fit partie Steve Marriott (ancien Small Faces*). Citons enfin le célèbre hit du Blue Öyster Cult "Don't Fear the Reaper", ballade vaguement psychédélique d'un groupe qui n'a jamais été à la hauteur d'une mythologie sulfureuse savamment élaborée (signes cabalistiques et background nazi de pacotille) n'ayant produit au final qu'un rock west coast sans envergure.

En 1967, les Amboy Dukes (premier groupe du guitariste Ted Nugent) sortent déjà une reprise extatique d'un standard blues de Big Joe William (1935) "Baby, Please don't Go" (sur l'album éponyme Amboy Dukes) en version hard rock première mouture et psychédélisme garage. S'ensuivront d'autres disques "Journey to the Center of the Mind" (1968) ou "Migration" (1969) qui resteront des modèles de hard rock inventif, typique des 70's comme ce "Let's Get Stoned" aux accents stoniens, et pour cause !

Deep Purple, le son des 70's s'il n'y en avait qu'un. Le groupe britannique sortit successivement les albums les plus marquants de l'époque, "Shades of Deep Purple" et le titre "Hush" ou le fameux "Machine head" qui alignera une série de hits : "Smoke on the Water" et "Lazy" avec l'intro à l'orgue la plus sous tension de l'histoire du rock ou ce "Highway Star" grandiloquent, lyrique et prétentieux à souhait reprenant tous les poncifs du style : voix haut perchée, orgue agressive, rythmique qui cogne, solo de guitare en scalpel avant que toute la machine s'emballe comme une locomotive sonique !

Alice Cooper, chantre du shock rock version guignol's band. Le groupe sera à la croisée du hard rock et du glam rock trash. Le hit "I'm Eighteen", hymne à l'adolescence dépressive est devenu un classique (album "Love it to Death", 1971). Mais l'oeuvre la plus aboutie du clown gore restera "School's out", plus élaborée et diversifiée avec les titres "Blue Turk" aux accents jazzy ou la belle ballade "Alma Mater", entre fausses pendaisons et shows sanguinolents.

Il serait légitime de se demander comment Led Zeppelin, le groupe de Robert Plant et Jimmy Page, est parvenu à écrire autant de hits définitifs à chaque nouvel album. Citons pour mémoire "Whole Lotta Love", "Immigrant Song", "Since I've Been Lovin' You", "Stairway to Heaven", "The Rain Song" ou "Kashmir" pour les plus connus. Autant de titres transcendants, exhalant le blues et l'émotion pure. Album à écouter en priorité ? Tous, de "Led Zeppelin" (1969) à "Presence" (1976).

Il est généralement admis que le premier album du groupe Black Sabbath, sorti en 1970, annonce déjà les outrances du rock metal à venir : imagerie satanique, textes sombres, basse trainante et omniprésente. "Paranoïd" peut à juste titre être qualifié d'album chtonien pour sa lourdeur, sa noirceur et ses titres phares : "War Pig" ou "Iron Man".
Pour conclure, il faut encore mentionner les héritiers de cette mouvance hard rock des 70's, comme les Guns'N'Roses ou le Greta Van Fleet. Voir pour les premiers, les albums "Appetite for Destruction" et "Use Your Illusion II" avec les titres "Out ta Get me", le morceau "Don't Cry" et l'émouvante cover de Bob Dylan "Knockin' on Heaven's Door". Enfin, les groupes grunge de la fin des 80's (Soundgarden, Pearl jam, Alice in Chains), le stoner rock (Kyuss), ainsi que la scène alternative (Faith No More, jane's Addiction) devront tout au hard rock des 70's.
Notes
*Play it Loud ! jouez le fort (mettez le son à fond ! ndlr)
*Angus Young, guitariste en uniforme d'écolier anglais du groupe AC/DC.
*Are you Experienced ? Titre du premier album de Jimi Hendrix en 1967.
*British Blues Boom, scène musicale britannique du début des 60's redécouvrant le blues américain
*The Small Faces, voir article sur le mouvement mod sur ce blog : https://www.ratpress.net/post/le-mouvement-mod
Dr. Mortmagus (2019/2026)
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