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ENTENDS-TU LE VOL NOIR... !*

Dernière mise à jour : 9 août 2024


Foule de manifestants portant un masque de Guy Fawkes

Depuis quelques années, les listes populistes rassemblent les opinions publiques européennes autour de projets politiques nationalistes, xénophobes et protectionnistes. Elections après élections ces listes se sont imposées dans plusieurs pays d'Europe, parfois au sein de coalitions (Pologne, Tchéquie, Pays-Bas, Autriche, Finlande, Bulgarie) ou sont directement au pouvoir en Hongrie (Viktor Orban), en Italie (parti néo-fasciste Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni), en Slovaquie (Parti National Slovaque de Robert Fico). Lors des élections européennes de juin dernier, les mouvements de la droite radicale ont réalisé des scores inédits voir historiques dans certains Etats de l'Union, dont la France. La montée progressive de ces formations politiques vers le pouvoir les oblige à rompre avec les discours de l'extrême-droite traditionnelle et à présenter une image de respectabilité (voir la mutation du Front National en France sous la direction de Marine Le Pen). Un maquillage de façade qualifié de fascisme à visage humain ou fascisme amical* qui n'a d'autre but que la banalisation auprès de l'électorat d'idées jusqu'alors inacceptables. Aussi amical soit-il en apparence, ce fascisme déguisé est-il pour autant soluble dans la démocratie ?


DU FASCISME A LA NOUVELLE DROITE

L'idéologie des droites radicales est directement liée aux mouvements fascistes et nazis qui dominent les pays de l'axe (Allemagne, Italie, Japon), leurs Etats-satellites (Croatie oustachi, Etat national roumain...) ou collaborationnistes (France de Vichy) jusqu'en 1945. Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les extrêmes-droites tentent de se relever, malgré le discrédit qui les frappe après la période sombre du nazisme et de la collaboration. Elles sont au pouvoir en Espagne avec le général Franco, au Portugal (dictature d'Antonio Salazar), dans la Grèce des Colonels et ailleurs dans le Chili de Pinochet ou en Argentine plombée par une dictature militaire. C'est à partir du Mouvement Social Italien (MSI) que l'extrême-droite reconstruit ses réseaux en Europe (Ordre Nouveau, groupe Occident ou Front National en France). Après les évènements de 1968, le journaliste et essayiste Alain de Besnoît renouvelle l'idéologie de l'extrême-droite en fondant le courant de la Nouvelle Droite dont l'objectif est notamment de sortir ces mouvements post-fascistes de la marginalité où ils sont relégués depuis la fin de la guerre.

La fin des utopies gauchistes puis l'effondrement du bloc soviétique laisse le champ libre au néolibéralisme et à la mondialisation économique. Le monde se divise entre une classe managériale internationalisée et des grands patrons multimillionnaires d'un côté, des organisations anticapitalistes et écologistes de l'autre et une population déboussolée. L'extrême-droite devient une alternative crédible aux problèmes d'immigration, d'identité ou de chômage générés par le capitalisme mondial.

Pour autant, l'idéologie nationale-populiste est loin d'être homogène. Des courants divers et parfois opposés s'y expriment aussi faut-il parler des extrêmes-droites plus que d'une extrême-droite uniforme. Parmi ces mouvements, on trouve des groupuscules ouvertement néonazis ou néo-fascistes (NPD allemand, Aube Dorée en Grèce), des groupes politico-religieux et intégristes (Civitas en France), paganistes (mouvement nordique AHF) ou anticléricaux (Fidesz hongrois), des nationalistes révolutionnaires socialisants* (GUD, Bastion Social ou Egalité & Réconciliation en france, parti Der III Weg en Allemagne), des monarchistes (parti Vox espagnol) et des nationaux-populistes centralisateurs (Rassemblement National en France), des groupes fédéralistes et régionalistes issus de l'ethno-différentialisme* (Ligue du Nord en Italie, Vlaams Belang en Belgique). Certains courants sont antisionistes, climatosceptiques, anti-OTAN ou pro-américains. Néanmoins, cette nébuleuse de mouvements est liée par un fond idéologique commun.


C'ETAIT MIEUX AVANT !

L'idéologie de l'extrême-droite s'appuie principalement sur l'idéalisation de la nation, de son histoire mythifiée, de sa culture, de son unité ethnique et linguistique. Elle nait en opposition à la proclamation des libertés individuelles et de l'égalité des citoyens issues des droits de l'Homme de la Révolution de 1789. La citoyenneté, accessible à tous ne peut être qu'une appartenance au rabais, car contractuelle contrairement à la nationalité réservée aux membres de la communauté historique ou ethnique (droit du sang contre droit du sol). Les thèmes communs aux droites radicales se définissent ainsi par :


La xénophobie

l'étranger (l'immigré, le musulman, le juif, etc) est toujours une menace pour la communauté nationale et ses valeurs. Il est donc stigmatisé, désigné comme bouc-émissaire des problèmes de la communauté. De même, l'Union Européenne, entité supra-nationale, est rejetée car imposant une réglementation et des obligations vues comme contraires aux intérêts nationaux.


Le populisme

Position qui s'exprime par une critique des élites (politique, économique, intellectuelle) accusées d'internationalisme et d'être éloignées des préoccupation du peuple. Les partis politiques traditionnels sont inefficaces, corrompus ; le pluralisme politique et la démocratie décriés (la nation sans la démocratie défendue par Charles Maurras*).


L'autoritarisme

Les extrêmes-droites défendent l'idée d'un Etat fort, protectionniste et sécuritaire garant de l'ordre social, des valeurs de la nation et de ses intérêts face aux dangers de la mondialisation, du cosmopolitisme et de la dissidence interne.


Le respect des valeurs traditionnelles

La communauté nationale repose sur des valeurs qui constituent son socle ; l'histoire et la mythologie nationale (la fête de Jeanne d'Arc du Front National), les traditions, la famille naturelle opposée au mariage homosexuel, à la transsexualité, au féminisme et à l'égalité homme-femme.


LE MYTHE NATIONAL FACE A L'EUROPE

L'obsession de l'extrême-droite pour l'idée de nation homogène relève plus d'une vision fantasmée de l'identité nationale que d'une réalité historique. Dans un pays comme la France constituée dès l'origine de peuples différents, l'immigration est ancienne. Le projet politique de l'extrême-droite apparaît ainsi anachronique et allant à contre-sens de l'histoire. Il revendique une société figée, refusant le changement, repliée derrière ses frontières. Tout alors semble menaçant, migrants inassimilables, islam anti-chrétien, diktats européens, idées décadentes (avortement, féminisme, idéologie LGBT+, cosmopolitisme gauchiste, écologie) ; un projet du "chacun chez soi" tourné vers le passé, dans une Europe des égoïsmes nationaux. Plus que jamais, les politiques des droites nationalistes sont des programmes sans perspectives d'avenir ni rêve à partager. Ils rongent de l'intérieur les fondations de l'Europe, héritées de la démocratie grecque, de l'humanisme de la Renaissance, des Droits de l'Homme et du traité de Rome de 1957*.

Et pourtant, l'Union Européenne n'a jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui, face aux risques mondiaux représentés par le réchauffement climatique et les dangers de nouvelles pandémies, face à la montée en puissance d'une Chine de plus en plus agressive (Taïwan, Philippines, mer du Japon), face à la Russie impérialiste de Vladimir Poutine qui après l'Ukraine, menace aussi les pays baltes, la Pologne, la Moldavie, la Géorgie et l'Arménie, et enfin face à un possible désengagement américain en Europe en cas d'élection de Donald Trump aux USA.


Quant au programme social du Rassemblement National (RN) en France, faut-il rappeler qu'en 2022 une alliance RN/LREM (La République en Marche d'Emmanuel Macron) a voté contre l'augmentation du SMIC à 1500 euros proposée par la gauche parlementaire ; qu'en 2023, le RN s'est abstenu lors du vote sur le blocage des prix des produits alimentaires, qu'il a voté contre le gel des loyers, contre la gratuité des fournitures et cantines scolaires pour les revenus les plus pauvres et contre la gratuité des premiers mètres cubes d'eau ; qu'en 2020 le RN encore a voté contre le salaire minimum européen, contre la protection de l'indépendance des médias, contre la réduction des pesticides et contre la taxe sur les importations polluantes (Jordan Bardella). Faut-il aussi rappeler qu'au parlement européen, les députés RN se sont systématiquement opposés aux mesures en faveur des femmes ?


Aucun vote, fut-il protestataire ne justifie le risque d'une extrême-droite à la tête d'un Etat ou contrôlant les institutions européennes. Les conséquences ne pourront être qu'un affaiblissement de l'Europe et de ses pays-membres et une régression politique, économique et sociale. Il existe d'autres voix, non plus populistes et nationalistes mais populaires et porteuses d'avenir à explorer et expérimenter, celles de la Commune de Paris en 1871, de la Barcelone libertaire de 1936, des indigènes zapatistes du Chiapas ou des Kurdes du Rojava inspirés par le confédéralisme démocratique, le municipalisme libertaire de Murray Bookchin et la démocratie participative.


BIBLIOGRAPHIE

"La Nouvelle Droite et le Nazisme, une histoire sans fin" de Stéphane François, professeur de science politique (éditions Le Bord de l'eau, 2023).

"Les Nouveaux Visages du fascisme" de Enzo Traverso, historien italien (éditions Textuel, 2017).


NOTES

*Premier vers du "Chant des Partisans". En 1945, l'extrême-droite française n'était pas dans la résistance mais réfugiée à Sigmaringen en Allemagne nazie.

*Friendly fascism, ou fascisme amical est un terme emprunté à l'ouvrage "Friendly Fascism, the new face of power in America" du sociologue américain Bertram Gross.

*"La gauche du travail, la droite des valeurs", devise de l'association nationale-révolutionnaire Egalité & Réconciliation fondée par l'essayiste Alain Soral.

*L'ethno-différentialisme est un concept politique consistant à diviser l'Europe selon des territoires ethniquement homogène, théorisé par le GRECE (Groupement de Recherche et d'Etude de la Civilisation Européenne).

*Charles Maurras (1869-1952), politicien et écrivain français d'origine provençale, théoricien du nationalisme intégral.

*Le Traité de Rome de 1957 est l'acte fondateur de la Communauté Economique Européenne (CEE) base de l'Union Européenne actuelle.


Dr. Mortmagus - 31 Juillet 2024.







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