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David Dufresne, médiactivisme

Dernière mise à jour : 16 janv.

portrait photo couleur en plan américain du journaliste David Dufresne  de profil devant un store,  et portant un t-shirt gris
David Dufresne

David Dufresne est journaliste indépendant. Dans les années 80, il animait une radio de quartier et un fanzine rock. Il a sévi au sein du label alternatif des Bérurier Noir, Bondage Records et a créé le premier webzine français, La Rafale en 1995. Il est à l'origine du Manifeste du Web Indépendant en 1997. Il s'est frotté à la politique en étant candidat aux élections législatives de 2012 sous l'étiquette du Parti Pirate*. Il a participé à la création du site d'information Mediapart, travaillé au journal Libération, pour le magazine rock Best, avant de claquer la porte du journalisme traditionnel, qui selon lui ne joue plus son rôle d'information. Il se considère aussi comme un lanceur d'alerte. Depuis, il a réalisé plusieurs webdocumentaires et livres d'enquête, obtenu deux fois le prix des assises du journalisme, un évènement annuel réunissant les professionnels des médias. Outre des reportages sur le rap, il s'est intéressé à l'exploitation des sables bitumeux au Canada, aux prisons privées des Etats unis, documentaires qui ont été diffusés par la chaîne Arte.


Allo Place Beauveau !*


En 2005, les banlieues françaises sont le théâtre d'émeutes et de violents affrontements entre la police et les manifestants, ce qui amène David Dufresne à enquêter sur les techniques de maintien de l'ordre en France et leurs motivations politiques sous-jacentes. Ses investigations feront l'objet d'un livre "Maintien de l'ordre, enquête" (éditions Hachette, 2007) auquel fera suite "Tarnac, magasin général" (éditions Calmann-Lévy, 2007) sur l'affaire de Tarnac et l'arrestation de Julien Coupat, un militant suspecté de sabotage et de terrorisme par les autorités françaises. Le livre est un témoignage sur le montage d'une affaire politico-médiatique par les services de l'Etat. Dès lors, les relations de la police avec la population, les stratégies françaises du maintien de l'ordre public deviennent son cheval de bataille. Il est le seul journaliste en France à tenter de décrypter les mécanismes et les finalités politiques des méthodes policières face aux contestations populaires.


L'enjeu est important puisqu'il implique autant le rôle de la presse que le droit de manifester, de s'exprimer et d'accéder à une information juste et objective. La gestion de la crise des Gilets jaunes avec sa surenchère de violence et l'instrumentalisation omniprésente du "casseur" illustrent une dérive autoritaire de l'Etat et selon David Dufresne un recul des libertés publiques. Sur son compte Twitter (aujourd'hui X) Allo Place Beauveau ! créé pour la circonstance, il recense les images vidéo des brutalités policières, arrestations musclées, tirs de grenades et LBD (balle de défense) depuis le début du mouvement de protestation en novembre 2018. Il collecte plus de 800 signalements qu'il transmet au ministère de l'intérieur et aux chaînes de télévision. Cette opération menée sur les réseaux sociaux déclenche enquêtes administratives et judiciaires et met en lumière l'absence totale de réaction des médias officiels qui ne jouent plus leur rôle de relai de l'information. Les images recueillies serviront de base au dossier d'enquête de la Commission Européenne sur les droits de l'Homme. Ce que David Dufresne appelle une "policiarisation" de l'espace publique a pour objectif de mesurer la tolérance de la population à la répression. Selon lui, il n'y a pas plus de violence dans les manifestations actuelles que lors des grands affrontements des années 70 avec les groupes anarchistes, les autonomes ou les paysans bretons. Malgré ce constat, les forces de l'ordre font aujourd'hui preuve d'une réelle brutalité lors des mouvements de contestation, brutalité que David Dufresne explique par une volonté politique de faire peur, de montrer sa force. Une théorie qu'il présente comme une technique de"marketing politique" visant à dissuader les mouvements sociaux, avec la complicité des médias mainstream, les ministères en charge de l'ordre public et les grands patrons de presse étroitement liés aux partis politiques en place. Cette tendance loin de s'inverser, évolue vers une violence croissante et une recherche de la confrontation systématique de la police envers les manifestants. Une stratégie de la peur qui fit de nombreuses victimes parmi les Gilets jaunes de 2019, lors des mobilisations contre la réforme des retraites en 2024 (arrestations abusives, mutilations de manifestants, agissements violents des policiers de la Brav-M*), et dernièrement lors des manifestations de Sainte Soline contre les méga-bassines en 2025.


Les deux ouvrages de David Dufresne "Maintien de l'ordre" et "Dernière Sommation" restent donc des témoignages hautement sensibles sur la répression policière, le droit d'expression et la confiscation de la parole par certains médias liés au pouvoir politique. Sous couvert d'un récit de politique-fiction, "Dernière Sommation" décrit les dérives des autorités politiques confrontées à une contestation populaire massive. Toute ressemblance avec des faits ou évènements ayant existé n'étant sûrement pas fortuite.




Bibliographie


Maintien de L'Ordre : Enquête aux édition Hachette, 2007.

Dernière Sommation aux éditions Grasset, 2019.


Site de David Dufresne



Notes


*Allo Place Beauveau ! plateforme de recensement des violences policière durant la révolte des Gilets Jaunes animée par David Dufresne, nommé d'après l'adresse du ministère de l'intérieur à Paris.

*Brav-M, brigade de répression de l'action violente motorisée.



Crédits Photos

Photo de David Dufresne, par Patrice Normand, source Revue Charles, 29 August 2017, sous Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license.



Dr. Mortmagus (novembre 2019/janvier 2026)


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