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Amours bucoliques, l'écosexualité


Femme nue à genoux, vue de dos en plan américain dans un sentier de forêt entouré de fougères et d'arbres

L'usage de préservatifs en polyuréthane et de sextoys en silicone/pvc est certainement nuisible pour l'environnement. Il en va de même des 68 millions de connections quotidiennes sur des sites pornographiques pour le changement climatique. Et pourtant l'écosexualité n'est pas une nouvelle méthode écologique pour s'adonner aux plaisirs charnels. Elle est plus exactement une philosophie de vie alternative dont les influences sont à rechercher du côté de l'écologie profonde*, des théories genderqueers*, de l'écopsychologie* de Theodore Roszak ou de l'écoféminisme wiccan de Starhawk*. La notion d'écosexe est théorisée et développée au début des années 2000 par Annie Sprinkle, ancienne actrice du cinéma porno des 80's et militante féministe pro-sexe, titulaire d'un doctorat en sexologie et sa compagne, l'universitaire et artiste Elizabeth Stephens à travers leurs travaux artistiques et militants.

Toutes deux définissent l'écosexualité comme une orientation sexuelle permettant de nous reconnecter par la sexualité à notre environnement, de créer une complicité érotique, une empathie spirituelle et charnelle avec la nature, au lieu d'en exploiter sans conscience les ressources. Une approche écoféministe pas si farfelue qu'il n'y parait, qui substitue au concept de "terre nourricière" celui de "terre amant-e".


En pratique, l'écosexualité consiste à recréer du lien avec notre environnement, les êtres vivants et les objets inanimés, en faisant l'amour avec la nature et ses éléments, fleurs, plantes, rivières, comme se baigner nu-es dans une rivière, se rouler dans la boue, se frotter contre un arbre, caresser un rocher, s'adonner au sexe dans une forêt, se marier avec une montagne*, bref non plus Gaïa la mère, mais Gaïa l'amante, la partenaire érotique, à qui on donne de l'amour et qui nous apporte du plaisir.

Délire néo-hippie ! trip new-age ! fantasmes fétichistes et déviants ! La communauté écosexuelle rassemble pourtant des milliers d'adeptes à travers le monde tous genres et orientations sexuelles confondu-es : artistes, scientifiques, militant-es pro-environnement, activistes féministes, travailleur-es du sexe, tous engagés en faveur d'une écologie positive, d'une consommation éthique et le refus d'une sexualité hétéronormée et patriarcale.

Homosexualité, bisexualité, asexualité, polysexualité, transidentités, les identités et orientations sexuelles évoluent et se diversifient. La sexualité n'est pas binaire et hétérocentrée, quoi qu'en pensent les esprits étroits, ni même réduite aux seuls individus de notre propre espèce. Nous avons des relations sexuelles avec des objets inanimés, des sextoys connectés, des poupées en silicone, des avatars virtuels parfois non-humains, des intelligences artificielles, des robots. Nous sommes capables de projeter nos désirs vers d'autres formes d'existences par le biais de notre imagination. Alors pourquoi pas avec les plantes et les arbres, l'eau, la terre, les insectes ? Imaginez que toute la nature soit notre amant-e et non plus notre esclave ?


Philosophie de la sensualité, déclaration d'amour charnel à la nature, l'écosexualité remet radicalement en cause la conception utilitariste et capitaliste du monde. Les animaux, les végétaux et la planète dans sa globalité ne sont pas des ressources exploitables mises à la disposition d'une humanité dominante et toute-puissante, déconnectée de son environnement par la technologie. Bien au contraire, cette humanité partage un écosystème commun avec les autres espèces et l'anthropocentrisme égoïste ne peut conduire qu'à un désastre écologique. L'écosexualité est un activisme du désir, du plaisir et des sensations contre les idéologies délétères du mercantilisme irresponsable. Son message, à la fois symbolique et spirituel, nous incite à réapprendre à aimer à la fois les autres espèces et notre biosphère. Elle nous invite à nous réapproprier notre corps et à jouir du monde sans contrainte, en rejetant tout moralisme étriqué et coercitif. Elle est un érotisme sacré et responsable qui nous remet en relation avec notre monde et avec le vivant. Il en va de notre survie.


Bibliographie


L'ouvrage de Cy Lecerf-Maupoix (auteur et enseignant aux beaux-arts de Marseille) aborde les problèmes écologiques d'un point de vue genderqueer et consacre un chapitre à l'écosexualité et aux travaux d'Annie Sprinkle : "Ecologies déviantes, voyage en terres queers" (édition Cambourakis, 2013).



Notes


*Ecologie profonde (ou deep ecology en anglais), est un mouvement écologiste fondé dans les années 70 par l'alpiniste norvégien Arne Naess, qui vise à déconnecter les espèces animales et végétales de la simple valeur utilitaire que leur attribue les humains.

*Genderqueer est une identité de genre regroupant toutes les personnes qui ne se reconnaissent pas dans la notion binaire traditionnelle du masculin/féminin.

*Ecopsychologie, voir article RATpress en lien : https://www.ratpress.net/post/%C3%A9copsychologie

*Starhawk, militante écoféministe américaine et sorcière néopaïenne, autrice de plusieurs ouvrages sur l'action militante et la spiritualité.

*Annie Sprinkle et Elizabeth Stephens se sont mariées avec une montagne des Appalaches menacée par l'industrie du charbon, dans l'Etat de Virginie (USA) en 2013. Voir à cet effet le film documentaire "Goodbye Gauley Mountain, an ecosexual love story" (2013).


*Il nous semble important de rajouter que l'écosexualité n'a absolument rien à faire avec la zoophilie et les violences envers les animaux (ndlr).


Dr. Mortmagus (2020/2026)


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