ENKI BILAL
- Dr Mortmagus

- 29 déc. 2025
- 3 min de lecture

Cet article a été écrit en 2021, lors de l'exposition Enki Bilal au FHEL. La sortie du quatrième tome de sa série dystopique Bug et sa présence aux festival des Utopiales de Nantes en octobre 2025 est l'occasion de revenir sur cet artiste atypique et visionnaire.
Enki Bilal était à Landerneau, en Bretagne, invité par le Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la Culture (FHEL). L'exposition*, organisée dans l'ancien couvent des Capucins, présentait une rétrospective de ses oeuvres à travers ses dessins, peintures et extraits de films.
Bilal et la Bretagne... pas si incongru qu'il n'y paraît. Déjà, dans les 70's, Bilal abordait les rivages bretons avec son album Le Vaisseau de Pierre, histoire écolo-fantastique hantée par l'Ankou et le légendaire celtique. Depuis, l'artiste a fait son chemin. Dans les années 80, il envoie la bande dessinée dans la fin de siècle et l'angoisse postmoderne. Chez lui, pas de héros bodybuildés ni de persos rigolos. Enki Bilal traîne ses lecteurs dans les rues froides et grises des villes d'Europe de l'est, Belgrade, sa ville natale, Sarajevo ou berlin, ravagées par les guerres et la violence, peuplées de dieux à tête d'oiseau et d'anti-héros paumés. Artiste visionnaire, il prévoit la chute de l'Union Soviétique dans l'album Partie de chasse en 1983 et pose dans ses dessins inspirés les grands enjeux des décennies à venir : la conquête spatiale, l'effondrement écologique, l'obscurantisme religieux, la mécanisation et l'hybridation de l'humain (transhumanisme et biotechnologie). Enki Bilal interroge sur notre avenir collectif, sans fioriture, à travers ses bandes dessinées shootées à la poésie urbaine, à la scifi fantastique et au surréalisme noir...quelque part entre le 1984 d'Orwell, l'absurde kafkaien et les fantasmes détraqués d'un Cronenberg.
Né à Belgrade*, fils d'un exilé yougoslave fuyant le régime titiste*, Enki Bilal grandit à Paris. Dessinateur, peintre, réalisateur, il balance ses premières planches dans les années 70, passe par le magazine Pilote. Suivront une trentaine d'albums de bandes dessinées parfois réparties en cycle comme La Trilogie Nikopol ou La Tétralogie du Monstre, plus trois longs métrages en tant que réalisateur (Bunker Palace Hotel, Tykho Moon, Immortel ad Vitam) et autant d'expositions à travers le monde, de Paris à Pékin en passant par la Biennale de Venise. Il réalise aussi des décors pour le théâtre, l'opéra et le cinéma, des affiches et il est reconnu comme un artiste majeur du 21ème siècle.
Le style Bilal c'est une esthétique du trait et de la couleur qui rappelle les corps torturés d'Egon Schiele*. La couleur utilisée comme métalangage*, le montage quasi cinématographique des cases en plans séquences. Comme Druillet* et d'autres, Bilal sort la bande dessinée de son carton rigide et lui impose un nouveau rythme et une ambiance expressionniste. Le bleu est sa couleur, bleu des lèvres, des cheveux, des seins, du sang...effet cosmétique ou anoxie...pâleur, lividité morbide comme si les personnages étaient déjà morts, sans même le savoir, dans un monde oniro-cauchemardesque livré à la grisaille et à des cieux éternellement plombés.
"L'humanité est un accident tragique pour la planète". l'effondrement écologique est devenu inévitable et notre survie en tant qu'espèce est aléatoire. Cette angoisse de l'extinction imprègne tout l'univers d'Enki Bilal. Cyberguerres, terrorisme, fondamentalismes religieux, croissance démographique, industrialisation, transhumanisme, quête de l'immortalité autant d'épiphénomènes qui décideront du futur de l'humanité. Ce qui va se passer ensuite dépend de ce que nous allons faire maintenant.
NOTES
*Exposition présentée du 18 juillet 2020 au 29 août 2021.
*Belgrade, aujourd'hui capitale de la Serbie.
*Titisme, adaptation de l'idéologie communiste par le dirigeant yougoslave Josip Tito à la sortie de la seconde guerre mondiale.
*Egon Schiele, peintre expressionniste autrichien de la Sécession Viennoise.
*Métalanguage dans le sens de langage parlant en parallèle de la narration principale.
*Philippe Druillet, autre dessinateur ayant bouleversé les codes et schémas de la bande dessinée.
BIBLIO

La Trilogie Nikopol, l'oeuvre iconique d'Enki Bilal aux éditions Casterman en trois tomes : La Foire aux Immortels (1980), La Femme Piège (1986), Froid Equateur (1992).
Bug, dernière série toujours chez Casterman, en cinq volets étalés de 2017 à 2025. Que se passe t-il lorsqu'un bug informatique global frappe la planète et prive l'humanité de sa mémoire collective ? Le dernier et cinquième tome reste à paraître.
SITE
Crédit photos par l'auteur de l'article exposition FHEL Landerneau août 2021
Dr Mortmagus (août2021/Décembre 2025)

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